AVRIL 2008
- Theyrani : Pour les lecteurs qui ne vous connaitraient pas encore… comment vous décririez vous en tant qu'auteur ?
- Patricia Parry : J'essaie de voir double! Un œil sur la réalité d'aujourd'hui, et un œil sur l'Histoire, avec un grand H, qui devrait nous donner beaucoup de clés pour affronter le présent.
- T. Et en tant que personne ?
- PP. Je cherche les lunettes qui permettent d'avoir un œil ici et l'autre là. La vie ne nous permet pas toujours d'anticiper les événements, de les gérer à la lumière du passé...Il est plus simple d'avoir la sagesse d'utiliser son expérience et les leçons que nous donne l'histoire dans les romans que dans la vraie vie...
- T. Comment se sont dessinés pour vous les contours de ce personnage ?
- PP. Flaubert disait bien "Madame Bovary, c'est moi!"...Je suis psychiatre, comme Antoine Le Tellier. A part ça, Antoine est plus qu'humain: il souffre, pense, se trompe, séduit... C'est l'humanité des personnages qui fait la qualité du polar, à mon avis.
- T. Vous êtes vous-même Psychiatre aux urgences de l'hôpital de Toulouse… Ecrire, c'est votre psychothérapie à vous ?
-PP. Je précise que je ne suis pas psychiatre aux urgences, même s'il m'arrive d'y travailler, mais psychiatre des hôpitaux. Ecrire n'a pas une fonction psychothérapique, c'est seulement un plaisir et une nécessité.
- T. Vous semblez fascinée par l'histoire. Qu'est-ce qui vous passionne dans le passé?
- PP. Il faut bien apprendre de nos erreurs passées... Négliger l'histoire c'est ne pas être civilisé .
- T. On sent bien également qu'à travers vos livres (cela transparait aussi sur votre blog), vous êtes très concernée par le combat contre toutes les formes d'intolérance et de préjugés.. D'où vous vient cet engagement ?
- PP. Cet engagement humaniste est inscrit, à mon avis, dans le serment d'Hippocrate. Quand on est psychiatre, on est amené à travailler avec des gens issus de toutes les couches sociales... des pauvres, des riches, des jeunes, des vieux, des gentils, des méchants ... La différence fait partie de notre quotidien, et la tolérance aussi.
- T. Cela signifie-t-il que vous vous engagez aussi dans la vie politique ?
-
PP. Etre psychiatre public, c'est vraiment, aujourd'hui, être un hussard noir de la République! Mon travail quotidien est politique. Je m'explique... Trop souvent , la population (comprendre les autorités, la justice, la police...) attend que les psychiatres aient une fonction de régulation sociale. Or, notre métier est centré sur le soin . Nos patients sont avant tout des malades, pas des délinquants en puissance . Le lien entre maladie mentale et violence est régulièrement évoqué, le plus souvent de manière abusive. Plus de 90% des personnes atteintes de maladie mentale n'auront jamais de comportement violent. Et 90% des actes violents sont le fait de personnes indemnes de tout trouble psychiatrique.
- T. Très souvent, les scientifiques préfèrent considérer le côté rationnel des choses.. On vous sent très attirée par ce qui touche à l'occulte et au paranormal. Pouvez vous nous dire ce qui vous attire vers ce domaine ?
-PP. Il y a beaucoup plus de scientifiques que de littéraires qui sont attirés par le paranormal. De manière assez paradoxale, la science ouvre beaucoup trop de portes... Je crois que les scientifiques sont beaucoup plus confrontés au vertige que les littéraires ou les philosophes, car on leur enjoint de tout rationaliser. L'être humain aime le mystère (d'où le succès du polar?)
- T. Comment vous est venue l'envie d'écrire ?
- PP. J'écris depuis l'âge de 8 ans. Depuis la découverte de Théophile Gautier (Le capitaine Fracasse et le Roman de la Momie sont mes inspirateurs!) ... J'avais déjà envoyé quelques manuscrits chez des éditeurs. Certains m'envoyaient des réponses négatives argumentées, m'explquiquant ce qu'il fallait que je modifie dans le texte... A l'époque, prenant ces réponses pour des "fins de non recevoir", j'avais laissé tombé !.... Puis après la catastrophe d'AZF le 21 Septembre 2001, j'ai eu envie d'écrire quelque chose, pour témoigner du fait que cet événement était quelque chose de majeur, voire de fondateur de la ville de Toulouse. Notre ville sera marquée à jamais par cette explosion. Il fallait que j'en parle... Alors j'ai retenté ma chance, mais cette fois, j'ai rappelé l'éditeur...
- T. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes passée d'une petite maison d'édition à un éditeur prestigieux comme le Seuil ? - PP. J'ose à peine le dire: j'ai envoyé mon manuscrit par la poste. Et on m'a répondu…
- T. En quoi consiste la promotion de « petits arrangements avec l'infâme ?..Êtes-vous très sollicitée ?
- PP. Il faut du temps pour se faire une place au milieu des polardeux! Je suis raisonnablement sollicitée. Mais au fond, j'ai assez rapidement compris que c'est le retour des lecteurs qui compte (j'ai l'impression en disant ça de prendre la place de ces pseudo-stars qui envoient des bisous au public en sanglotant « je vous aime ! ») Et je continue à écrire !
- T. Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui ont envie de se lancer dans l'écriture d'un polar ?
Suis-je légitime pour le faire? Que tout soit vraisemblable. Que tout soit invraisemblable. Que le héros soit un flic. Que le héros ne soit pas un flic. Qu'il y ait du sang. Qu'il n'y ait pas de sang. Qu'il y ait du sexe. Qu'il n'y ait pas de sexe.Ah, j'oubliais… Faut au moins un mort…
Encore que… Une chose est sûre, pour moi, la psychologie des personnages est un élément très important... Cela m'intéresse davantage que le côté "résolution de l'enquête" ou "énigme"... Le cheminement, et puis les voyages ! On voyage dans mes romans, parce que je voyage beaucoup dans la vie, et à chaque voyage je tiens un journal, je prends des notes... J'aime retourner dans ces endroits via le Docteur Le Tellier.
- T. Quand vous n'écrivez pas… ou que vous ne travaillez pas (ce qui doit laisser peu de temps !) quelles sont vos occupations et vos passions ?
- PP. Je suis une fan de séries anglo-saxonnes. Ma dernière trouvaille, c'est Torchwood, une série déjantée de la BBC.Et une fashion victim authentique, ce qui ne va pas du tout avec le côté ténébreux de mon engagement, mais comme je le dis dans un de mes romans, en quoi le fait de porter des sabots suédois au lieu de mules italiennes rend-il vos prises de positions plus justes?
- T. En tant que lectrice, quels sont vos auteurs favoris ?
- PP. Dumas, Maupassant, Gide, William Boyd. Mankell, Connelly, George, Mac Bain, Rendell pour les polars.En fait, je lis tout ce qui me tombe sous la main!
|